nouvelles

-------------------------------------------------------------------------------
VOCATION RATÉE

QUAND ON FROTTE BIEN avec la brosse à dents à la lisière des gencives, on peut sentir la saleté qui à un certain moment se détache, laissant bien propres le haut de la dent et le bas de la gencive — ou l’inverse dans le cas de la mâchoire inférieure, enfin vous comprenez. En moyenne, il faut frotter trois ou quatre secondes au même endroit, et ce, avec une intensité modérée. Si l’on frotte trop fort, la sensation de propreté ou de saleté n’est plus perceptible parce que l’irritation écrase cette nuance en saturant les nerfs. Si, en revanche, l’on frotte trop doucement, il se peut que dix ou douze secondes, voire davantage, s’écoulent avant que la crasse ne se décolle — et il n’est pas garanti qu’on le sentira bien; c’est que ce massage prolongé de la gencive peut finir par l’engourdir, voyez-vous.
   Ce matin, Paul se sent honteux d’avoir une réflexion si triviale alors que le monde qui l’entoure a tant besoin d’esprits éclairés, comme le sien, oui, pour faire contrepoids à la Bêtise — laquelle, profitant largement de l’actuelle pandémie de technoolisme, rassemble les masses populaires en vagues de plus en plus homogènes pour nourrir le moulin des Profiteroles. […] >>> Lire la suite

-------------------------------------------------------------------------------
LA BIBLIOTHÈQUE INESPÉRÉE

J’ADORE ME PROMENER le long du chemin de fer qui coupe la ville en deux à la hauteur de la rue Van Horne. À l’époque où j’ai commencé à acquérir le goût de cette délinquance somme toute bien innocente, je travaillais dans un horrible immeuble sis chemin Bates, sous le non moins horrible échangeur qui sépare les arrondissements (carrés) de Mont-Royal et d’Outremont.
   J’habitais la Petite-Italie; le chemin le plus court passait donc par le terrain de la voie ferrée. […] >>> Lire la suite


-------------------------------------------------------------------------------
LA MANIVELLE RÉCALCITRANTE (inachevée)

IL Y AVAIT une bonne demi-heure que Viviane tentait en vain, à grand renfort de WD-40 et d’huile de coude, de débloquer la manivelle servant à replier la tente-roulotte héritée de la tante Charlotte, qu’elle avait habitée tout l’été (la tente, pas la tante). Déjà, quitter son paradis bucolique du Bas-du-Fleuve pour aller retrouver le rythme infernal, les locaux sordides et les collègues dépressifs de sa polyvalente, ça la stressait un peu. La perspective de se taper l’interminable mornitude de la 20, de Saint-Georges-de-Cacouna jusqu’à Saint-Hubert, avant de prendre enfin la tout aussi déprimante 30 jusqu’à Sorel (un bon cinq heures d’autoroute, plus la petite heure de nationale 132 pour s’y rendre) n’arrangeait pas le tableau. Bref, ce pépin inopiné, c’était franchement la cerise sur le gâteau. D’ailleurs une cerise n’a pas de pépins, mais un noyau.  […] >>> Lire la suite



-------------------------------------------------------------------------------